Vue du village à partir du belvédère

La Descente-Des-Femmes

La Descente-Des-Femmes est l'ancien nom de Sainte-Rose-du-Nord


Il existe au moins une demi-douzaine d'explications au vocable de La-Descente-des-Femmes.
Mais aucune ne résiste vraiment à la vérification objective, suivant la démarche historique.  

La plus vraisemblable de ces explications, pourtant, est rapportée dans le Progrès du Saguenay
du 20 mai 1902. L'hypothèse que soutient l'auteur lui semble avoir été communiquée par un missionnaire, du nom de M. l'abbé Anicet-Hilaire Marceau, dont les voyages à la Descente-des-Femmes ont été nombreux. Spécialement à Tableau entre 1888 et 1892.
 

 
M. l'abbé Marceau a rendu compte, dans les textes d'un beau calibre littéraire, de quelques uns de ses voyages, et à Tableau et à la Descente-des-Femmes, dans le Progrès du Saguenay, vers la fin du siècle passé. L'ecclésiastique et de leur environnement, fut ensuite supérieur du Grand séminaire, puis curé de Laterrière
 

 

L'abbé Anicet-Hilaire Marceau, première mission, 1890-1895

 

Le St-Judes, 1970 ,  Photo Jean Maltais
Cette exploration, rapportée dans le Progrès, est la suivante :

 " Trois sauvagesses, brouillées avec leurs maris avaient quittées leurs tentes dans la nuit, emportant avec elles un canot. Il leur fallait gagner Bersimis (sur la Côte-Nord) par une voie inconnue, sans rencontrer d'autres sauvages. Au lieu de gagner la rivière Sainte-Marguerite et la rivière Bersimis, par le portage ordinaire, elles prirent une direction opposée et après deux jours de marche à travers la forêt, craignant à tout moment d'être surprises, elles vinrent exténuées de fatigue, jeter leur embarcation à l'anse de la Descente-des-Femmes. "
" C'est là, peut-on lire encore, la véritable origine de ce nom donné à cette anse où, il y a aujourd'hui de grands établissements agricoles, plusieurs familles charmantes, de jolies maisons, une chapelle en construction, de jolis troupeaux, toute une flotte de goélettes, de bateaux, des provisions et surtout de la crème en abondance. "
À ce moment, on construisait le quai du Milieu ou à Théophile.
 
Un " vieux sauvage "
 
Tableau, rappelle-t-on, à l'appui de cette thèse, fut d'abord fréquentée, et abondamment, par les Indiens Montagnais. Jacques Bacon, un " vieux sauvage ", fut le premier qui à Tableau, a renversé le premier arbre, Il s'y était rendu, avec quelques membres de sa tribu, pour y faire la chasse. Résimond Villeneuve (petit cousin de Louison qui fut un des fondateurs du Saguenay) - auquel le lac avoisinant Sainte-Rose, le long de la route de Tadoussac, doit son nom ( lac Résimond) - vint le trouver et s'y établit. Pour ce faire, il acquit l'abattis de Jacques Bacon, qui était son grand ami.
 
Aussi, est-il vraisemblable de croire que l'abbé Anicet-Hilaire Marceau ait tenu cette explication de Basile Villeneuve, lequel l'aurait obtenue de son père, Résimond, qui lui-même l'aurait appris de son grand ami, Jacques Bacon, le " vieux sauvage " montagnais.

En outre, à partir du deuxième voyage de Cartier au pays, en 1635, et, jusqu'en 1838, le Saguenay était habité par  les Montagnais. Le territoire, jusqu'alors, ne fut pénétré que par quelques employés des compagnies de traite et par les missionnaires, dont le père Jean Dequen qui, en 1647, remonta le fjord jusqu'au Lac-Saint-Jean.
 
C'est donc en 1838 que les colons, venus de La Malbaie, entreprirent les premiers abatis, que les haches ont systématiquement mordu dans les belles forêts sauvages afin d'y " implanter la civilisation ". Et ce ne fut qu'en 1842 que fut levé l'interdit de fonder, au Saguenay, des établissements. Ainsi, en 1838, les colons de la Grande-Baie, de même que Jules Tremblay et les siens - les premiers qui se sont installés à la Descente-des-Femmes - ont-ils été, en principe, des squatters, ou des occupants illégaux. Du moins ceux de la Grande-Baie l'ont-ils été jusqu'en 1842.

 
La colonisation, à cette époque, selon les indications, allait de pair avec l'exploitation forestière. C'est ainsi que le Saguenay a été, tour à tour, " royaume "de la fourrure, du pin blanc - qui a contribué à la fortune des Price - .... et du fromage.
Pendant longtemps donc, le pays du " fleuve de la mort ", fut successivement domaine propre et exclusif des souverains de France et d'Angleterre. " Royaume " réservé en raison de sa beauté ineffable et, surtout, en raison de ses immenses ressources giboyeuses, de ses richesses en pelleteries et en forêts.
En réalité, ce " royaume " si plein de richesses, était sous la gouverne et les profits de monopoles tels La Compagnie de la Nouvelle-France (les Cent-Associés), des compagnies du Nord-ouest et de la Baie-d'Hudson. Ces compagnies s'étaient adonnées presque uniquement à la traite des fourrures.
 
Saint-Alexis, Saint-Félix
 
Grande-Baie fut le berceau de la colonisation au Saguenay. Elle fut fondée, en 1838, par les Vingt-et-un. La paroisse Saint-Alexis, canoniquement érigée en 1843, a été la première paroisse à " desservir " Tableau et la Descente-des-Femmes. Et ce, jusqu'en 1900. Ensuite, ce furent les prêtres de Saint-Félix d'Otis, paroisse fondée en 1892, qui prirent en charge ce service missionnaire.

 
Jusqu'en 1942, moment où il fut rebaptisé, le territoire de Sainte-Rose-du-Nord - excluant cependant Tableau et Cap-au-Leste - était désigné sous l'appellation de la Descente-des-Femmes. En 1942 donc, année coïncidant avec l'accès de la localité au statut de municipalité, le vocable de Sainte-Rose-du-Nord se substitua  à celui de la Descente-des-Femmes.
 
L'accomplissement de ce changement n'a pas été étranger au fait que le premier prêtre résidant, M. l' abbé Pantaléon Tremblay, ne prisait guère l'idée d'être pasteur d'un lieu au nom, en principe, si peu gracieux et qui était de nature à prêter à de mauvaises interprétations.
Enfin, rappelons que la mention de la Descente-des-Femmes paraissait dans le rapport du géomètre et explorateur, Joseph Hamel, en 1828. Par ailleurs, dans un article publié dans Saguenayensia, en 1964, Mgr. Victor Tremblay affirme que la plus ancienne mention remonte en 1801.
 
 
L'abbé Pantaléon Tremblay,
premier curé, 1931-1937